Isvara pranidhanadva :

sutra I, 23 (Yoga sutra de Patanjali)

 

alpha et oméga

 

Il y a cette fulgurance que nous connaissons tous, cette émotion quant au cours d’une lecture cela fait un peu comme : ah! Mais bien sûr, voilà c’était ça, ce quelque chose d’indicible, cette intuition non formulée, un peu nuageuse…En quelques mots : clic ! Tilt ! Tout s’éclaire ! Pour moi ce fut : Ishvara pranidhanadva (chap. I, 23) des Yoga sutra de Patanjali. On le retrouve aussi, dans le chapitre II comme troisième membre du kryia yoga. 

L’ensemble des sutras pourraient se résumer en lui. Il traverse tous les chapitres du texte. Quel que soit l’enseignement et les moyens de chaque aphorisme, il en est l’élément précurseur et l’aboutissement qui s’en suit : l’alpha et l’oméga.

Alpha :

20140912124009552Précurseur parce qu’ici, il suffit de « lâcher-prise », expression galvaudée, hélas ! De s’en remettre à une dimension évidente et transcendante : tout bouge, rien n’est sûr (parinama).Tout s’oppose (dvandva). Le passé n’est plus et l’avenir pas encore là. Tout est donc constamment possible. On combat, on lutte pour maintenir dans la permanence nos acquis, les relations que l’on entretient avec autrui, nos habitudes, on tend vers tant de choses : espérance, amour, réussite, bonheur. Le sutra nous dit qu’une telle résistance doit céder … il y aura encore d’autres « possibles ». Ne pas se résigner, mais accepter, pour rebondir et agir pour glisser dans le sens du courant et progresser. Parcourir ainsi un chemin inattendu, c’est déjà de la liberté et de l’espace. Ne plus s’accrocher aux erreurs et culpabiliser devant ce qui m’échappera toujours et n’est pas fait pour moi.

 C’est ce qui arrive sur le tapis de yoga. Je veux faire cette « belle »posture et en avoir les effets escomptés. Mais cela n’arrive pas. En laissant faire le corps, en suivant sans le contraindre notre souffle, d’autres résultats apparaissent, il suffit d’accepter, de lâcher dans la détente pour percevoir une nouvelle liberté corporelle. Celle –ci nous est destinée, contrairement à celle que le mental espère… Juste le verbe qui change : de « je veux »…vers « je peux », laisser agir et ajuster.

Oméga :

galaxy 009Aboutissement, parce que notre regard intérieur nous apprend que nous sommes lui. Isvara est souvent traduit par le Seigneur, le Dieu ou la représentation divine propre à chacun selon sa croyance. C’est l’expression imagée et extérieure d’une réalité en soi. S’appuyer sur le support profond de notre intuition véritable, sentir cet état d’être au-delà des contingences sociales, affectives … se faire confiance en faisant taire le raisonnement mental. Le guide est là au cœur de soi. Là à l’instant : je suis.

On le reconnait à la sensation bienfaisante, à l’inspir long, au soupir libérateur, au sourire involontaire qui émerge. Il monte par  moment à notre conscience ordinaire. Ainsi Isvara est ma réelle nature, il est la paix, la confiance en la vie, en l’énergie ordonnatrice de l’univers, il est la continuité, la force indestructible qui fait fondre toute les dualités et les doutes. Ce que je suis que les autres et toute chose dans l’univers sont aussi.

 Chaque jour est semblable à  une promenade en compagnie d’un groupe bruyant qui parle et s’agite dans tous les sens. En le faisant taire un instant, on entend dans le silence, le chant des oiseaux. C’était là avant, c’était là dans le brouhaha. Même si le bruit reprend c’est là. C’est cela Isvara pranidhana : ne t’inquiète pas du bruit, de tes doutes, de tes  échecs …Un chemin se trace pour toi, pour que tu aies ta place où que tu sois, pourvu que tu lâches sans tout vouloir contrôler.

C’est ce que nous apprend le yoga, ce lien indestructible, ce fil d’Ariane, que l’on tient à nouveau vibrant comme une corde tendue en soi : 

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chut !!! Écoute ton souffle, soit là, entend le chant intérieur, comme la mélodie du rossignol chantant à la nuit tombée quand tous se taisent. Là sont toutes les réponses. Lui il chante, il te reste à l’écouter !    

                

caméliaL’inspir et l’expir courent l’un vers l’autre comme deux amoureux pour s’unir et donner naissance à  une seule puissante  énergie qui nait de chaque rencontre. Dans cet instant, sans attente, sans exigence mais dans la volonté apaisée d’écouter et d’accepter ce qui vient, se cache la Joie, le bonheur… La bonne heure, celle de l’instant présent.

Ishvara pranidhanadva : en m’abandonnant,  en me dépouillant de mes crispations matérielles, affectives, émotionnelles je  (re)trouve la paix

et je change …et… le monde change.

Strega Vivi